Grandes manoeuvres avant
la Grande Guerre:

Quel avenir pour le bagne de Saint Martin de Ré?
Saint-Martin-de-Ré n'est pas seulement une prison, c'est également une forteresse militaire. À la veille de la première guerre mondiale le statut de la citadelle est en discussion. Au mois d'avril 1914, le départ de la garnison est décidé et le directeur du Dépôt cherche à récupérer les lieux. Il propose de réunir à St Martin les forçats comme les relégués. Au mois de juillet suivant, il intervient encore pour essayer d'obtenir le maintien des forçats dans les lieux alors que le plan de bataille français, le "Plan XVII" du Maréchal Joffre prévoit leur transfert vers Thouars à l'intérieur des terres.
Avril 1914: "Une très belle Maison Centrale"

Saint-Martin-de-Ré reçoit traditionnellement les "forçats" avant leur départ pour les bagnes d'outre-mer. Les travaux forcés constituent une peine affictive et infâmante qui consiste, selon l'article 15 du Code pénal de 1810, à employer un condamné "aux travaux les plus pénibles". Ces condamnés doivent traîner un boulet au pied ou bien sont attachés deux à deux par des chaînes. Cette peine pouvait être exécutée en métropole, pour les travaux de ports notamment, ou dans les bagnes.
Deux catégories de condamnés séjournent à Saint-Martin: les "transportés" condamnés aux travaux forcés pour vol aggravé ou assassinat et les "déportés" auteurs de crimes politiques parmi lesquels figurent nombre d'anarchistes.
Les relégués constituent la troisième population du bagne. Ils ne sont pas condamnés pour crimes mais pour de simples délits, des vols généralement, commis en récidive. Ils constituent l'essentiel de la population des bagnes. Ils ne séjournent pas à Saint-Martin de Ré mais y transitent avant leur embarquement pendant le temps de "l'expectative" sorte de quarantaine sanitaire destinée à vérifier qu'ils sont physiquement aptes à subir le bagne.
Le projet du Directeur de Saint-Martin de Ré consiste à réunir les deux populations, dans une citadelle entièrement dédiée à l'administration pénitentiaire.

Saint Martin de Ré, le (Rayé 10 mars) 6 avril 1914
Le Directeur du Dépôt de forçats de Saint-Martin-de-Ré

à Monsieur le Ministre de la Justice (Rayé Cabinet du Directeur) Direction de l'administration pénitentiaire, 2ème Bureau).
Minute

Au sujet du décret du 4 février 1914 relatif à la surveillance et à la défense du littoral


J'ai l'honneur d'appeler votre attention sur le décret du 4 février 1914 (Journal officiel du 12 février 1914) relatif à la surveillance et à la défense du littoral. Ce décret, qui (rayé: doit être) a été mis en vigueur à partir du 1er avril, (rayé: prochain aura) a eu comme conséquence immédiate (rayée: et certaine) le départ de la batterie d'artillerie à pied qui occup (rayé: e) ait une partie de la citadelle de St martin de ré, et comme conséquence éventuelle le déclassement de cet ouvrage fortifié, qui paraît être d'une utilité secondaire au point de vue de la défense du littoral. Si elle reste dépendante du département de la Guerre, la partie Nord de la citadelle (rayé actuellement) antérieurement occupée par la batterie d'artillerie ne servira qu'au logement des chevaux des officiers d'infanterie de la garnison, et les magasins de vivres y seront sans doute maintenus. Si au contraire l'ouvrage fortifié est désaffecté, ce qui paraît probable, les écuries (pour 4 chevaux) et le magasins des vivres pourraient sans doute être transférés à l'arsenal ou à la caserne d'infanterie.
Dans un précédent rapport, en date du 26 Décembre 1912, je vous signalais les avantages qu'il y aurait pour l'administration pénitentiaire, au cas de désaffectation de la citadelle et cession de cet immeuble par le département de la Guerre, à y installer en outre du dépôt de forçats, le dépôt des relégués. Ces deux catégories de condamnés ayant la même destination, l'établissement des dossiers, les visites médicales etc... ayant beaucoup d'analogie, les formalités prescrites pour la préparation à l'embarquement se trouveraient, de la sorte, centralisées dans un seul établissement. Le service des transfèrements y gagneraient également, puisque les relégués seraient conduits directement à St Martin de Ré, au lieu de l'être d'abord à Angoulême et ensuite à St Martin de ré, pour y être soumis à une période d'expectative.

(Note Rayé: ne peut (rayé: que) évaluer très approximatinement, quand ent, les dépenses qui résulteraients illisibe d'installation, transformation, illisible des chemins de ronde, et ainsi j'estime qu'un crédit (rayé d'un montant de) de 50 000 francs doit pouvoir faire à )

(Rayé: En y apportant quelques modifications), la Citadelle de St Martin de Ré, (rayé: pourrait faire) une (ajouté: très belle) maison centrale, qui offrirait toute sécurité notamment au point de vue des évasions. J'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous exposer cette situations, (à) à toutes fins que vous jugerez utiles
Le Directeur
signature

Juillet 1914: Que faire des forçats?
L'application du Plan XVII à St Martin de Ré

Le plan de mobilisation XVII établit en 1913 prévoit d'attaquer les allemands en Alsace-Lorraine [Lire et également Lire]. St Martin de Ré est donc bien loin du théatre des opérations. La forteresse doit constituer une réserve.

Lorsqu'il reçoit le plan de mobilisation, le 28 juillet 1914, le Directeur du Dépôt apprend que les forçats vont être rapatriés sur le continent. La mesure est probablement dictée par des préoccupations sécuritaires, la garnison qui protège la citadelle devant elle même partir. Le Directeur fait alors rédiger ce courrier dans lequel il n'hésite pas à demander la modification du Plan n°17 afin de conserver le dépôt en activité. Pour y parvenir il s'engage à assurer la sécurité sans l'aide de la troupe en arguant du faible nombre de condamnés présents: 88.

St Martin de Ré, le 28 juillet 1914
Le Directeur du Dépôt de forçats à Monsieur le Préfet de la Charente-inférieure

J'ai l'honneur de vous faire connaître que le plan de mobilisation que M. le Commandant de la Place m'a communiqué aujourd'hui, comporte, pour le 2e jour de la mobilisation, le transfèrement à la maison centrale de Thouars, des forçats actuellement détenus à St Martin de Ré.
Dans l'ancien plan, St Martin de Ré était un centre stratégique de mobilisation et les locaux affectés actuellement en Dépot de forçats, devaient être occupés par les réserves. Le transfèrement des forçats avait donc sa raison d'être. Il n'en est pas de même aujourd'hui, puisque le 2e jour de la mobilisation, les troupes, (Rayé auraient à ) sauf la batterie d'artillerue de côtes, auraient à quitter l'île de Ré. Le transfèrement des forçats constituerait, dans ces conditions, une manoeuvre dangereuse et inutile. D'autre part le convoi des forçats encombrerait les lignes de chemin de fer, au moment où elles peuvent être occupées plus utilement pour le transport des troupes. (Rayé: En conséquence, je vous serais reconnaissant) Le seul inconvénient qu'on pourrai prévoir, si le Dépôt de forçats était maintenu à Sr Martin de Ré, serait le manque de troupes pour en assurer la sécurité. Or, dans le cas ou nous n'aurions pas de territoriaux, ce qui est peu probable, je prendrais l'engagement et la responsabilité d'assurer la sécurité du Dépôt de forçats, avec les seuls gardiens que j'ai en ce moment. (Rayé: Dans ces conditions) En conséquence, je vous serais reconnaissant de vouloir bien demander, d'urgence, (Rayé: à M. le Général Commandant le 18e Corps d'armée, de modifier le plan de mobilisation en décidant que le Dépôt de forçats sera maintenu à St Martin de Ré.) à M. le Ministre de la Justice [au crayon: si, en raison du petit nombre de détenus (88) les instructions (Rayé: annonçant) du 28 janvier 1902 (Rayé: illisible) ilisible ne pourraient pas être...] de faire modifier, si possible, le plan 17 de la mobilisation, décidant de maintenir le Dépôt de forçats à St Martin de Ré.

Le directeur.
signature

Quelques liens iconographiques à propos de la vie à St Martin de Ré:
île de ré
et
Port de La Rochelle Palisse

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