Salvia divinorum, une nouvelle mode arrive en France
Identifiée pour la première fois dans le cadre du réseau SYNTES, la salvia divinorum, arriverait en France. Cette variété de sauge est utilisée traditionnellement en amérique latine dans les rituels chamaniques. Elle possède des propriétés psychotropes proches des hallucinogènes qui la font parfois surnommer, le "tapis volant". Redécouverte aux États-Unis dans le milieu des années 90, elle serait aujourd'hui consommée dans quelques cercles d'initiés.

Comme souvent lorsqu'une nouvelle drogue apparaît, la salvia est créditée de nombreux avantages. Elle ne créerait pas de dépendance, aurait des effets limités dans le temps et sa consommation ne présenterait pas de danger. Un "LSD light" en quelques sorte. Mais surtout, surtout, son commerce comme son usage seraient parfaitement autorisés la salvia n'étant pas classée parmis les stupéfiants. Autant de vertus méritent quelques commentaires.

En premier lieu, on ne peut s'empêcher de penser qu'une fois encore certains croient avoir découvert la "drogue miracle". À chaque nouvelle drogue le même discours sur l'absence de toxicité refait surface. La nouvelle drogue est toujours bien meilleure et moins dangereuse que les autres... jusqu'à ce que l'on constate quelques années après qu'elle soulève les mêmes problèmes. On cite toujours l'exemple de l'héroine, présentée comme un médicament miracle et un excellent remède contre l'abus de morphine. Certes.

En second lieu il convient de nuancer très fortement le sentiment d'impunité associé au commerce et à l'usage de salvia divinorum. La plante n'est pas classée parmi les stupéfiants, ni en droit français, ni en droit international. A la différence de la salvia officinalis, elle n'est même pas au codex. Aucune poursuite pour usage ou trafic de stupéfiants n'est possible. Mais cela ne signifie pas qu'aucune poursuite pénale ne soit possible. D'abord l'article L.3421-4 du code de la santé publique réprime en termes très généraux la présentation sous un jour favorable des stupéfiants mais également des "substances présentées comme ayant les effets de substances ou plantes stupéfiantes". Expliquer que la salvia est une drogue licite qui permet d'avoir les mêmes sensations que celles recherchées avec des stupéfiants tombe sous le coup de cette infraction punie de 5 ans d'emprisonnement. Ensuite, des études anciennes sur les tests de dépistage avaient constaté des "faux positifs" au cannabis avec la salvia officinalis. En clair, au dépistage, la sauge était identifiée comme étant du cannabis. Ces études sont peut-être dépassées, mais on ne peut écarter l'idée que les usagers de salvia divinorum pourraient être poursuivis... pour usage de cannabis après un test positif!

Reste, pour conclure, qu'il ne faut pas exagérer l'importance de cette plante. Le réseau SYNTES est très utile mais il ne permet pas de quantifier l'importance des consommations. Par le passé, d'autres substances,comme le rachacha, ont été identifiées dans le cadre de ce réseau sans que leur consommation ne se développe au delà d'un cercle très restreint (le rachacha appelé Dross en Indochine est le résidu de l'opium fumé très chargé en morphine). Et si l'usage de cette plante venait à poser un problème de santé publique, l'arbitraire du classement français des stupéfiants permettrait de transformer en quelques jours la salvia divinorum en stupéfiant.